
PARADOXE
Il y a plus de deux ans, j’ai poussé la porte d’un atelier à La Praz, dans le Jura vaudois. Hugo Rittener y fabrique des automates, des figures mécaniques qui, une fois remontées, prennent vie le temps d’un geste. J’ai su ce jour-là qu’il serait le sujet de mon travail de diplôme.
Ce qui m’a retenue, c’est un paradoxe. Un automate est fait pour bouger, et pourtant il passe l’essentiel de son existence immobile, en attente. La photographie, elle, fige tout. Photographier un automate, c’est donc suspendre deux fois le mouvement. Cette série s’attache à ce qui se joue juste avant le geste.
L’ATELIER
Un jour d’été, les grandes portes de l’atelier venaient d’être ouvertes. La lumière entrait franchement, se posait sur l’établi, sur les mains, sur les pièces en attente. J’ai suivi Hugo dans son travail sans rien lui demander d’autre que de continuer.
LES PIÈCES
Rouages, cames, ressorts : chaque automate naît de centaines de pièces que plus personne ne verra une fois le mécanisme refermé. J’ai voulu leur donner une place à elles. Pour l’une de ces images, j’ai assemblé un mobile de roues dentées empruntées à l’atelier, suspendues à un fil de pêche.
LE PORTRAIT
Pour le portrait, Hugo a retourné sa maison pour retrouver les mêmes habits que son automate autoportrait, puis il a pris exactement sa pose, à ses côtés. Il y a eu des rires, et une image où l’on ne sait plus très bien qui imite qui.
L’HÔTEL DES HORLOGERS
À la Vallée de Joux, l’Hôtel des Horlogers expose le Majordome N°0, l’une des pièces maîtresses d’Hugo : 1054 composants, près de mille heures de travail. Photographier ce lieu, c’était suivre l’automate hors de l’atelier, jusque dans un monde que je connais bien pour y avoir travaillé.
Ce projet est mon travail de diplôme de photographe professionnelle, réalisé à l’École Nicéphore et obtenu avec mention en 2026. C’est avant tout l’histoire d’une rencontre. Merci à Hugo pour son temps, sa confiance et sa bonne humeur.
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